Je suis né en Normandie, dans un territoire de cuir et de manufactures. Dans ma famille, deux grands-pères avaient déjà un lien direct avec la chaussure : l’un dirigeait un magasin Heyraud, l’autre était bottier-cordonnier. Le cuir n’était pas une décoration. C’était une matière, un métier, une exigence.
J’ai d’abord été ingénieur en systèmes mécaniques. Dans l’automobile, chez Renault puis Valeo, j’ai appris les lignes justes, les contraintes, les proportions. Une forme doit tenir. Une belle ligne ne suffit pas si elle ne sert pas le corps.
Ensuite, j’ai photographié la mode, les plateaux, les tapis rouges, les femmes qui dirigent une image avant même de parler. Céline Dion, Jean Paul Gaultier, Paco Rabanne, Kenzo, les défilés, les rédactions. À force de cadrer ces silhouettes, une évidence est restée : l’autorité commence souvent par la posture.
Kendrick est né là. Pas d’une tendance. D’un besoin de matérialiser cette force. J’ai quitté l’image pour la matière. Du cuir, des aiguilles, du fil. Les premiers prototypes ont été faits à la main, sans formation de bottier, comme une recherche presque archéologique de la bonne forme.
Les premières paires ont ensuite trouvé leur place sans bruit inutile : sur Caroline Roux, Maya Lauqué, Ava Djamshidi, Anggun, à la télévision française et dans des contextes où la présence se voit immédiatement. Les noms ne sont pas l’argument. Ils confirment seulement que la chaussure tient la posture à l’image.
Aujourd’hui, la relance doit rester fidèle à cette origine. Pas produire pour remplir un stock. Ne faire que ce qui peut être porté, pointure par pointure, par des femmes qui comprennent ce que le talon change dans la manière de se tenir.